Aero-News (Fin des liaisons Emirates vers Alger) – Le ciel maghrébin s’apprête à perdre l’un de ses acteurs majeurs. La compagnie Emirates a officiellement programmé l’arrêt de ses opérations régulières vers Alger pour février 2027. Si cette annonce résonne comme un coup de tonnerre, elle ne relève pas d’un choix commercial de Dubaï, mais d’une décision unilatérale d’Alger de dénoncer l’accord bilatéral de 2013.
Le clap de fin : Le vol EK757 sera le dernier
C’est par un communiqué d’une sobriété chirurgicale qu’Emirates a scellé le sort de sa ligne Dubaï-Alger. Le 3 février 2027, le vol EK757 sera le dernier à décoller de l’aéroport international Houari Boumédiène. Passée cette date, le géant du Golfe se verra contraint de suspendre une liaison qu’il exploitait avec un succès constant depuis 2013, privant la capitale algérienne d’une connexion directe vers l’un des hubs les plus puissants au monde.
Une décision subie : Le mécanisme juridique de la rupture
Contrairement aux fermetures de lignes pour manque de rentabilité, Emirates agit ici sous la contrainte diplomatique. En février 2026, le gouvernement algérien a officiellement notifié aux Émirats Arabes Unis sa volonté de dénoncer la convention relative aux services aériens signée treize ans plus tôt.
Le calendrier est dicté par le droit international : conformément à l’article 22 de ladite convention, un préavis de 12 mois est requis. C’est ce mécanisme qui force aujourd’hui Emirates à planifier son retrait définitif pour le début de l’année 2027, laissant peu de place à l’improvisation opérationnelle.
Souveraineté et « Ciel fermé » : Les trois piliers de la stratégie d’Alger
Bien qu’Alger n’ait pas publié de « livre blanc » sur cette rupture, trois facteurs majeurs expliquent ce choix radical :
- Le Protectionnisme pour Air Algérie : Les autorités estiment que l’accord actuel favorisait démesurément les transporteurs émiratis (Emirates et Etihad). Face aux hubs surpuissants de Dubaï et Abu Dhabi, le pavillon national, Air Algérie, peinait à capter les flux de transit. Alger entend ainsi « sanctuariser » son marché intérieur.
- Le Froid Diplomatique : Ce divorce aérien est le symptôme d’une crise profonde entre Alger et Abou Dhabi. Les divergences de vues sur les dossiers régionaux sensibles (Sahel, Libye) et les accusations réciproques d’ingérence ont fini par déborder sur le terrain de la coopération économique.
- Le Levier de la Réciprocité : En reprenant la main sur ses droits de trafic et ses libertés de survol, l’Algérie signifie que l’accès à son espace aérien est désormais un outil de souveraineté non négociable, conditionné par une réciprocité stricte.
Quel impact pour les passagers et le fret ?
Si les vols se poursuivent normalement jusqu’à l’échéance de février 2027, les conséquences à long terme sont préoccupantes :
- Perte de connectivité : Emirates offrait aux voyageurs algériens une porte d’entrée fluide vers l’Asie, l’Afrique de l’Est et l’Océanie.
- Impact sur le Fret : La soute des Boeing 777 d’Emirates assurait une part non négligeable des échanges de marchandises à haute valeur ajoutée.
Chiffres clés : L’empreinte d’Emirates sur la ligne Dubaï-Alger (2013-2027)
Depuis son vol inaugural le 1er mars 2013, la liaison Dubaï (DXB) – Alger (ALG) est devenue un axe stratégique pour le transport de passagers et de marchandises entre le Maghreb et le Moyen-Orient.
- Fréquence initiale : 5 vols par semaine en 2013, passés rapidement à un service quotidien (7/7) pour répondre à la demande croissante.
- Capacité déployée : Utilisation quasi exclusive du Boeing 777-300ER, offrant environ 360 sièges par vol (soit plus de 250 000 sièges par an dans les deux sens).
- Connectivité : On estime que 75% des passagers au départ d’Alger utilisaient Dubaï comme hub de transit vers l’Asie (Chine, Inde) et l’Australie.
- Fret Aérien (SkyCargo) : Une capacité de transport de fret en soute d’environ 15 à 20 tonnes par vol, acheminant des produits technologiques, pharmaceutiques et des pièces industrielles vers le marché algérien.
- Impact économique : Plus de 14 années d’opérations ininterrompues (hors parenthèse COVID-19) qui ont facilité les échanges commerciaux entre les Émirats et l’Algérie.
L’avis d’Aero-News :
- Emirates a précisé rester « attentive à toute évolution de la situation ». Si la porte reste techniquement entrouverte à une renégociation de dernière minute, le cap actuel semble irréversiblement fixé vers un divorce aérien définitif. Une situation qui pourrait redessiner les alliances dans le ciel nord-africain au profit d’autres hubs régionaux.
- Ce retrait n’est donc à priori, pas lié à une défaillance de service (qualité Emirates), mais à un arbitrage de souveraineté.



















































































