Sécurité des frontières aériennes en Afrique : L’appel urgent à l’harmonisation globale

0

Aero-News (Sécurité des frontières aériennes en Afrique) – Alors que le ciel africain accélère sa mutation technologique et renforce sa connectivité, une prolifération désordonnée des systèmes de contrôle menace la compétitivité du secteur. Dans un front commun d’une rare fermeté, l’IATA, l’AFRAA et l’AASA exhortent les États africains à aligner d’urgence leurs programmes de données passagers sur les standards internationaux de l’OACI. Objectif : éviter le chaos réglementaire et l’asphyxie financière.

La modernisation de la gestion des frontières est devenue un impératif de sécurité nationale. Face à ce défi, l’Association du transport aérien international (IATA), l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) et l’Airlines Association of Southern Africa (AASA) ont publié une position commune. Les trois instances réclament une implémentation rigoureuse et standardisée des dispositifs d’informations sur les passagers avant le voyage (API) et des dossiers passagers (PNR).

Si ces outils s’avèrent indispensables pour fortifier la sécurité publique et traquer la criminalité transfrontalière, leur déploiement actuel en Afrique souffre d’un manque criant de concertation. Sans harmonisation avec les pratiques mondiales édictées par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), ces systèmes risquent de se transformer en barrières bureaucratiques invisibles, entravant la fluidité du transport aérien sur le continent.

Les quatre piliers d’un déploiement conforme aux normes OACI

Pour garantir l’efficacité de ces mesures sans paralyser les flux de voyageurs légitimes, le triumvirat de l’aviation rappelle les quatre exigences fondamentales qui doivent impérativement structurer tout programme API/PNR :

  1. Légalité Absolue : L’établissement d’un cadre juridique clair, parfaitement aligné sur les traités bilatéraux, régionaux et internationaux. Ce cadre doit impérativement désigner une autorité publique unique responsable de la centralisation des données.
  2. Proportionnalité : La collecte doit se limiter aux seules données strictement nécessaires, conformément aux lignes directrices de l’OACI, de l’IATA et de l’OMD. La durée de conservation doit être définie et assortie de garanties formelles contre toute discrimination.
  3. Finalité Exclusive : Les informations récoltées ne doivent servir qu’à des fins légitimes et hautement spécifiques : le contrôle des frontières, la sûreté nationale et la prévention ou la répression des crimes graves et de la criminalité organisée.
  4. Cohérence Technique : L’adoption de formats de données mondiaux standardisés afin d’assurer l’exactitude des systèmes, associée à des protocoles de stockage et de transfert hautement sécurisés pour protéger la vie privée des passagers.

Le piège du financement : La sécurité régalienne n’est pas une taxe

C’est le point de friction majeur soulevé par les associations : le mode de financement de ces infrastructures. L’IATA, l’AFRAA et l’AASA ont fermement enjoint les gouvernements à renoncer aux taxes et redevances imposées aux compagnies aériennes ou aux passagers pour couvrir les coûts des programmes nationaux de sécurité frontalière.

Le Rappel à la Règle : Document OACI 9082 Les politiques de l’OACI sur les redevances d’aéroports et de services de navigation aérienne sont explicites : la sécurité des frontières relève exclusivement de la responsabilité régalienne de l’État. Par conséquent, ses coûts opérationnels et technologiques doivent être financés par les deniers publics, et non par les acteurs du transport aérien.

Transférer cette charge financière sur le secteur privé ou sur le consommateur final génère des effets pervers immédiats. En augmentant artificiellement le coût du voyage, ces taxes sapent la connectivité aérienne interafricaine, fragilisent la compétitivité des compagnies locales et affaiblissent directement les bénéfices économiques colossaux que l’aviation apporte au continent par le biais du tourisme, du commerce et des investissements transfrontaliers.

Pour une approche collaborative et unifiée

L’industrie aérienne ne s’oppose pas à la sécurité ; elle en est le premier maillon. Les dirigeants des trois organisations — Abdérahmane Berthé (Secrétaire général de l’AFRAA), Aaron Munetsi (PDG de l’AASA) et Kamil Alawadhi (Vice-président régional de l’IATA pour l’Afrique et le Moyen-Orient) — ont réaffirmé leur volonté d’accompagner les gouvernements africains dans cette transition.

« Une approche cohérente, où les gouvernements et l’industrie travaillent main dans la main, permet d’améliorer la sécurité, de fluidifier le parcours des voyageurs, de protéger les données personnelles et d’éviter des coûts ainsi qu’une complexité inutiles », rappellent-ils dans une déclaration commune.

Alors que l’Afrique s’efforce de concrétiser le Marché unique du transport aérien africain (MUTAA), les décisions prises aujourd’hui en matière de gestion des frontières façonneront le paysage économique de demain. La sécurité d’État et la prospérité économique ne sont pas antinomiques, à condition de parler le même langage réglementaire : celui des standards internationaux.

​#IATA #AFRAA #AASA
#OACI #AviationAfrique #SécuritéAérienne #API_PNR #AfriqueConnectée #Harmonisation #Transports #SécuritéFrontalière #Compétitivité